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Coup de rouge

Nicolas Tittley , Montréal

Toute cette histoire sentait le hareng pas frais. J'allais parler à un certain Oleg Bernov, un type, s'il fallait en croire la notice biographique, membre d'un quintette de surf-rock originaire de Sibérie. En regardant la photo de cet homme à la crinière rouge soviet, brandissant une balalaïka de même couleur assez grosse pour loger une famille de castors, j'ai cru un instant à un canular. Surtout qu'en approfondissant mes recherches, j'ai commencé à trouver que l'histoire des Red Elvises rappelait par trop celle des Leningrad Cowboys, personnages fictifs qui tenaient la vedette de l'hilarant long métrage d'Ari Kaurismäki il y a plus de dix ans. «Le parallèle est très juste, sauf que nous sommes un vrai groupe», confirme Oleg, joint au téléphone en Pennsylvanie. «On a fait comme eux: on a toujours été des fans de rock'n'roll, mais lorsqu'on est passé à l'Ouest, il y a quelques années, on cherchait un truc pour se démarquer. C'est alors qu'on s'est mis à la musique folklorique russe.»

À l'époque, les Red Elvises étaient essentiellement des artistes de rue, dont le premier «claim to fame» fut d'apparaître dans une pub de Kit Kat (chantant le jingle « Give me a break...»). Un peu plus tard, on les verra même à Montréal, dans le cadre du festival Juste pour rire, ou divertissant leurs compatriotes acrobates lors de partys du Cirque du Soleil avec leur mélange de surf-rock, de musiques slaves, de funk et de rockabilly. Donc, contrairement au fantôme de celui à qui ils ont emprunté leur nom, les Red Elvises existent vraiment, tout comme la monstrueuse balalaïka d'Oleg. «En fait, celle dont je joue est une guitare basse faite sur mesure pour moi, tempère-t-il. Mais c'est un instrument qui existe en six tailles différentes et il y en a vraiment d'aussi grosses, même si elles sont rarement aussi flamboyantes que la mienne.» Mais ça doit être terriblement inconfortable à jouer, non? «Peu importe, puisque ça fait beaucoup d'effet! On est comme ça, dans ce groupe, on veut flasher e se donner à fond sur scène, dans la plus pure tradition fifties. On est tous des stars, des superstars, en fait! Sans cette attitude, à quoi bon monter sur scène?»

Une telle disposition a amené les Red Elvises à tâter du septième art, en signant la bande originale et en apparaissant dans le film Six String Samouraï, délirante saga d'une espèce de Buddy Holly adepte du kung-fu dans un Las Vegas post-apocalyptique (si, si!). «On peut dire que ça nous a vraiment aidés, confirme Oleg; il y a même des gens qui se pointent à nos concerts habillés comme des personnages du film et qui nous balancent des bouts de dialogues.»

Aujourd'hui, les Red Elvises sont prêts à envahir le monde. Leur album le plus connu, I Wanna See You Bellydance, a même été refait en russe, histoire de reconquérir la mère patrie. «Lorsqu'on jouait de la musique folklorique, le public russe n'avait rien à foutre de nous. Lorsqu'on s'est mis à jouer du rock'n'roll et à connaître un certain succès en Amérique, on s'est mis à recevoir des tas de demandes par courrier.» Le groupe s'apprête d'ailleurs à donner son premier concert à Moscou d'ici quelques mois, dans le cadre d'un méga-happening dédié aux arts de la rue et au cirque organisé par un vieil ami, le clown Slava. Les Red Elvises sauront-ils déclencher d'aussi jolies tempêtes sur scène? On n'en doute pas.

Le 20 août
Au Café Campus

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