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Toute cette histoire
sentait le hareng pas frais. J'allais parler à un
certain Oleg Bernov, un type, s'il fallait
en croire la notice biographique, membre d'un
quintette de surf-rock originaire de Sibérie.
En regardant la photo de cet homme à la crinière
rouge soviet, brandissant une balalaïka de même
couleur assez grosse pour loger une famille de
castors, j'ai cru un instant à un canular. Surtout
qu'en approfondissant mes recherches, j'ai commencé à trouver
que l'histoire des Red Elvises rappelait
par trop celle des Leningrad Cowboys, personnages
fictifs qui tenaient la vedette de l'hilarant
long métrage d'Ari Kaurismäki il y a plus de
dix ans. «Le parallèle est très juste, sauf que
nous sommes un vrai groupe», confirme Oleg, joint
au téléphone en Pennsylvanie. «On a fait comme
eux: on a toujours été des fans de rock'n'roll,
mais lorsqu'on est passé à l'Ouest, il y a quelques
années, on cherchait un truc pour se démarquer.
C'est alors qu'on s'est mis à la musique folklorique
russe.»
À l'époque, les Red Elvises étaient essentiellement des artistes de rue, dont
le premier «claim to fame» fut d'apparaître dans une pub de Kit Kat (chantant
le jingle « Give me a break...»). Un peu plus tard, on les verra même à Montréal,
dans le cadre du festival Juste pour rire, ou divertissant leurs compatriotes
acrobates lors de partys du Cirque du Soleil avec leur mélange de surf-rock,
de musiques slaves, de funk et de rockabilly. Donc, contrairement au fantôme
de celui à qui ils ont emprunté leur nom, les Red Elvises existent vraiment,
tout comme la monstrueuse balalaïka d'Oleg. «En fait, celle dont je joue est
une guitare basse faite sur mesure pour moi, tempère-t-il. Mais c'est un instrument
qui existe en six tailles différentes et il y en a vraiment d'aussi grosses,
même si elles sont rarement aussi flamboyantes que la mienne.» Mais ça doit être
terriblement inconfortable à jouer, non? «Peu importe, puisque ça fait beaucoup
d'effet! On est comme ça, dans ce groupe, on veut flasher e se donner à fond
sur scène, dans la plus pure tradition fifties. On est tous des stars,
des superstars, en fait! Sans cette attitude, à quoi bon monter sur scène?»
Une
telle disposition a amené les Red Elvises à tâter du septième art,
en signant la bande originale et en apparaissant dans le film Six
String Samouraï, délirante saga d'une espèce de Buddy Holly adepte
du kung-fu dans un Las Vegas post-apocalyptique (si, si!). «On peut dire
que ça nous a vraiment aidés, confirme Oleg; il y a même des gens qui
se pointent à nos concerts habillés comme des personnages du film et
qui nous balancent des bouts de dialogues.»
Aujourd'hui, les Red Elvises sont prêts à envahir le monde. Leur album
le plus connu, I Wanna See You Bellydance, a même été refait en
russe, histoire de reconquérir la mère patrie. «Lorsqu'on jouait de la
musique folklorique, le public russe n'avait rien à foutre de nous. Lorsqu'on
s'est mis à jouer du rock'n'roll et à connaître un certain succès en
Amérique, on s'est mis à recevoir des tas de demandes par courrier.» Le
groupe s'apprête d'ailleurs à donner son premier concert à Moscou d'ici
quelques mois, dans le cadre d'un méga-happening dédié aux arts de la
rue et au cirque organisé par un vieil ami, le clown Slava. Les Red Elvises
sauront-ils déclencher d'aussi jolies tempêtes sur scène? On n'en doute
pas.
Le 20 août
Au Café Campus
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